C’est l’histoire d’une femme qui ne veut pas d’enfants

Nous étions en première. Je me souviens, c’était un mardi et on avait Espagnol. J’avais hâte car j’adorais cette matière, j’adorais cette prof et j’étais heureuse de retrouver mon amie qui n’était pas dans ma classe.

Mais ce jour-là, elle ne souriait pas. Elle avait les yeux rougis et gonflés. Elle n’a pas voulu me dire ce qui se passait. Nous avions 16 ans, je pensais que c’était une histoire de garçon.

Et puis pendant le cours, elle était ailleurs, elle ne me répondait pas, elle ne répondait pas à la prof. Et soudain, elle a quitté le cours.

J’ai demandé à la suivre, je l’ai retrouvée dans les escaliers. En pleurs. Et là, elle m’a tout raconté.

Elle a raconté l’horreur de son quotidien, les coups de son père sur sa mère, les coups sur elle qui tentait vainement de protéger sa mère, les menaces, les bouteilles de whisky, les cris, les larmes. Je suis tombée des nues. Je n’avais rien vu et pourtant j’étais déjà venue chez eux. Naïvement, je pensais que ça ne pouvait pas arriver dans mon entourage. Que dans leur milieu ça n’arrivait pas. J’avais 16 ans et je ne savais pas comment encaisser ça. Mais j’ai fait du mieux que j’ai pu, je l’ai écoutée, j’ai essayé de la soutenir. Je voyais les choses comme on les voit à 16 ans. Blanc ou noir. S’il la tape, elle n’a qu’à partir.

Oui, mais la vie n’est pas si simple. Surtout quand le mari est agriculteur et qu’on est conjoint collaborateur. Partir, pour aller où? Et puis, il est gentil parfois.

Les années ont passé. Elle est restée. Les coups ont continué jusqu’à ce qu’elle passe tout près de la mort. Un coup plus fort qu’un autre. Une chute dans les escaliers. Le coma. L’hôpital. Et une prise de conscience. Et la décision : partir.

Et tout ça, ça a donné une famille brisée, une jeune femme brisée. Qui ne veut pas d’enfant par peur d’être comme son père. Qui a peur de ne pas savoir donner assez d’amour. Une jeune femme qui a joué des heures avec mes enfants avec ce regard triste. Elle ne veut pas d’enfant, enfin, elle voudrait mais…

Aujourd’hui, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Et je dédie ce billet à mon amie. Qui aurait fait une mère fabuleuse.

 Pour info, jeudi, un colloque est organisé au Théâtre du Nord sur la thématique « Violences conjugales; hommes violents, femmes victimes, enfants co-victimes : mieux comprendre pour mieux agir »

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