[Lecture] Riquet à la houppe de Amélie Nothomb

Comme chaque année, le dernier Amélie Nothomb est très attendu. Malheureusement, depuis quelques années, il l’est plus pour savoir si l’on va encore être déçu que parce qu’on sait qu’on ne le sera pas.

Cette fois, Amélie Nothomb s’attaque au conte de Perrault que j’avoue n’avoir pas lu. Je m’engageais donc dans cette lecture sans a priori.

Nous suivons les destins croisés de Déodat, un garçon aussi brillant que laid et de Trémière, belle mais contemplative (pour ne pas dire dénué d’intelligence). Tout les oppose dès la naissance. Alors que Déodat effraie par sa laideur, dont il se rend compte lui-même assez vite, Trémère est d’une beauté sans égale. Mais si cette dernière semble s’abandonner à une vie contemplative, parlant tard et ne semblant pas se passionner pour le monde extérieur, Déodat quant à lui se révèle d’une intelligence supérieure.

Quand les parents découvrirent le bébé, ils changèrent brutalement d’univers. On eût dit un
nouveau-né vieillard : fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée – il était
repoussant.

Trémière n’avait pas la figure rouge et chiffonnée des nouveau-nés : sa tête était lisse et blanche
comme une fleur de coton, aucune convulsion ne secouait ses traits de poupée de porcelaine.

Mais en réalité, ces deux-là ont un point commun qui va façonner leur caractère et avoir un impact énorme sur leur vie : ils sont seuls et rejetés par les autres. Toute leur enfance est marquée par le harcèlement scolaire et en devenant adultes, ils se détachent de la vie en société. L’un se passionne pour les oiseaux, l’autre devient célèbre presque malgré elle mais toujours en considérant les autres avec un détachement proche du désintérêt total.

Le premier jour d’école eut de quoi le dégoûter du genre humain. Déodat n’avait jamais fréquenté
d’enfants de son âge : il s’était vaguement attendu à rencontrer ses alter ego, des êtres qui l’auraient
compris, des frères. Il découvrit une bande de brutes d’une méchanceté et d’une bêtise atterrantes.

On peut dire ce que l’on veut sur Amélie Nothomb, on ne peut en tout cas pas lui enlever quelque chose : lorsqu’on commence à lire un de ses livres, on reconnait immédiatement sa patte. Les prénoms qui sortent de nulle part (pour la petite histoire, seules 14 personnes ont été prénommées Déodat en France depuis 1900), des personnages fantasques et un univers bien particulier.

Et puis cette utilisation de mots anciens totalement inusités est une sorte de petit cadeau à l’amoureuse de la langue française que je suis. Qui d’autre qu’Amélie Nothomb peut employer les mots « enfançon » ou « hideur »?

Au final, on est toujours pas au niveau des premiers romans de l’auteur belge mais dans l’ensemble j’ai passé un bon moment de lecture. Toujours très court, le roman faisant moins de 200 pages. Mais on y trouve de l’humour, de jolis mots et des personnages attachants. Et – cerise sur le gâteau – ça me permet de remplir la catégorie 34 – Un conte revisité – de mon challenge lecture \o/

Riquet à la houppe
Amélie NOTHOMB
Albin Michel, 17 août 2016
198 pages

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