[Billet invité] Et la vie après…

Pour ce ce quatrième billet invité, j’accueille une personne chère à mon coeur. Une fille formidable qui revient de loin et à qui je souhaite un futur rempli de bonheur, de rires, de mots et de création. Vous connaissez peut-être sa jolie boutique Vanille Citron qui je l’espère va bientôt rouvrir. Je vous laisse entre les mains de Cécilie…

Être invitée à écrire sur le blog d’une amie est un exercice aussi délicat que flatteur. En me demandant ce que j’allais bien pouvoir raconter, j’ai songé à parler de ma reprise d’activité à venir, de ma récente reprise du journalisme, de mon quotidien de mère célibataire avec un peu d’humour. Et puis finalement, je crois que le plus simple reste de parler de l’année qui vient de s’écouler et qui a changé ma vie. Ca a été éprouvant, et pourtant nécessaire.

L’été dernier, j’ai enfin décidé d’appeler au secours. Après trop d’années à m’effacer et à tout accepter, tout excuser. Il fallait que je sorte de la cage dans laquelle j’étais enfermée, par n’importe quel moyen. Question de vie ou de mort. Entre la vie et la mort, si j’ai été très tentée de choisir la deuxième, c’est la première qui a fini par l’emporter. Les personnes qui m’ont aidée depuis cet appel au secours seront à jamais dans mon cœur.

C’est assez fou de voir comment cette décision de partir, malgré les heurts rencontrés durant l’année de transition, a tout changé. Rien n’est réglé en réalité, mais l’essentiel est fait : nos vies sont paisibles. D’ailleurs, le sourire qui avait disparu depuis fort longtemps de mon visage est revenu de lui-même. Les difficultés, matérielles mais pas que, ne sont pas toujours faciles à gérer. Mais pour rien au monde je ne reviendrais sur ma décision.

Quant à mes filles, elles savourent visiblement la sérénité nouvellement découverte. Ma Poulette, qui a un peu plus de 4 ans maintenant, est devenue une petite fille espiègle et ouverte sur le monde. Ma Poussinette, 2 ans déjà, a pris son envol. Toutes les deux seront à l’école dans peu de temps et c’est mon cœur de maman qui prend un petit coup avec cette échéance qui approche, parce que j’ai l’impression d’avoir été bien trop absente de leur vie cette année.

Durant l’année qui vient de s’écouler, j’ai passé en tout deux mois dans des hôpitaux, des heures et des heures dans des cabinets médicaux de toutes sortes, quatre mois dans des foyers. Autant de temps où je n’ai pas été disponible pour elles comme je l’aurais voulu. On n’est jamais le parent que l’on rêvait d’être. J’ai été remise en cause dans mon rôle de mère par trop de monde, de manière parfois violente, et j’ai parfois du mal à ne pas me sentir coupable d’être la mère que je suis.

Mais d’autres professionnels, bien plus nombreux à vrai dire, ont su me rassurer et me permettent d’avancer aujourd’hui avec une certitude : je suis une mère suffisamment bonne, je fais au mieux avec le contexte du moment où je fais. L’amour pour mes filles est celui qui m’a donné envie de rester vivante, de construire du solide. L’instinct de protection pour elles est celui qui m’a donné envie de me sauver. Alors même si c’est aussi (et surtout ?) pour moi que j’ai vécu cette année de transition entre la violence et la paix, c’est grâce à elles.

J’ai pris conscience de mon désir de les voir marcher vers l’avenir, de leur transmettre des valeurs et surtout celle du respect. J’ai pris conscience de mon devoir de leur montrer que même après avoir été piétinée, on peut se relever et demander de l’aide pour avancer. J’ai pris conscience de l’importance de leur montrer qu’on n’est jamais totalement seul, même quand on en a l’impression : des mains se tendent quand on appelle à l’aide. Surtout, j’ai pris conscience de l’importance de ma présence auprès d’elles. Leur avoir donné la vie, c’est leur avoir promis mon amour pour tout le temps où la vie me permettra de les accompagner.

Il y a un an, je vivais dans un climat de violences. Aujourd’hui, grâce à de nombreuses personnes, j’ai réussi à commencer la construction d’une autre vie. Il reste encore bien des choses à travailler, confier et bien des plaies à faire cicatriser, mais j’ai confiance. Mes filles et moi sommes assez fortes pour sortir grandies de ces épreuves. En 2014-2015, j’ai fait le grand écart entre la nécessité de mourir pour faire cesser les violences et la nécessité de vivre pour les éloigner à jamais. C’est assez dingue. Et tellement heureux.

J’aimerais que celles qui ont besoin de l’entendre entendent un jour qu’elles doivent partir et que des professionnels peuvent les y aider. J’aimerais que celles qui ont besoin de l’entendre entendent un jour que la vie est bien plus belle qu’elles ne le pensent.

Désormais, le sourire de mes filles débute chacune de mes journées avec elles. Nos « je t’aime », échangés indéfiniment à travers les portes de leurs chambres, les ponctuent. Je suis redevenue vivante, je redeviens femme, j’aime à nouveau la vie. Notre vie à trois (quatre, avec le chat). Du chaos de la violence, est née cette jolie vie à construire.

bouquet de fleurs

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