[Billet invité] Je ne vais pas très bien

Comme l’an passé, j’ai décidé de vous ouvrir mon blog pendant ma période de congés. Malheureusement, je n’ai pas reçu beaucoup de textes qui correspondaient à mes attentes. Du coup, je n’en publierai qu’un seul.

C’est un texte très fort, très personnel.

Je vous laisse avec la plume de Zoé.

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Je ne vais pas très bien.
Je ne vais pas très bien depuis longtemps.
Je vais de temps en temps super bien.
Mais je ne vais que rarement « seulement bien »
J’ai toujours eu des angoisses.
Mais il y a quelques semaines les angoisses sont devenues plus lourdes. Chaque minute du
quotidien me rappelle la possibilité que la mort vienne.
Pour moi, mes enfants, mon mari, mes amis, ma famille.
Chaque instant.
Je me lève le matin en angoissant de trouver un de mes enfants mort dans son lit.
Je prends le petit dej en apnée de peur que l’un d’eux fassent une fausse route, et pire, j’imagine
lequel je devrais sauver si les trois s’étouffaient en même temps.
Quand j’ouvre le lave vaisselle j’imagine le risque potentiel de s’empaler sur un couteau.
Le chemin de l’école est un champs de mine.
Et le risque d’attentat.
Le risque d’incendie.
La moindre fièvre est une méningite.
La moindre coupure mènera à l’amputation.
Je vais me coucher le soir avec d’autres angoisses : la peur de me faire emporter pendant mon
sommeil et que les enfants se réveillent avec un cadavre dans la maison, la peur des cauchemars, la
peur d’être réveillée par le téléphone qui m’annonce la mort d’un proche.
Je suis allée consulter ma généraliste, espérant atténuer mes angoisses morbides et reprendre ma
petite vie tranquillement… je me trompais.
Après plusieurs questions générales, après des questions plus pointues, après une longue discussion,
elle a dégagé des points essentiels. Je venais pour une angoisse qu’on allait traiter pour me redonner
de l’air, mais j’étais aussi dépressive.
Dépressive.
Mais pas seulement.
Maniaque.
Aussi.
Avant de prononcer « le » mot, on a parlé, des symptômes, de l’aspect cyclique, des conséquences…
Je me suis tellement reconnue que je me suis effondrée.
Je suis folle.
Je parle très vite, trop vite, parfois je pense plus vite que je parle et je saute des phrases entières, j’ai
l’impression de ne pas être comprise parce que je suis plus lucide, plus géniale que les autres. Je
dépense l’argent que je n’ai pas, je fais des cadeaux irrationnels, tout le temps, à tout le monde, en
décalage avec la notion de cadeau, je surinvestis la vie sociale, je m’inscris partout où il y a du
monde, salle de sport, associations diverses, je porte des fringues à la limite du provocant, j’ai des
envies de sexe matin midi soir et nuit, je fantasme sur tout. Je n’ai plus besoin de dormir. Je me sens
capable d’être championne de tir à l’arc et médecin, je fais des projets incroyables et je suis capable
de tout plaquer pour vivre une autre vie plus prometteuse.
Et je retombe.
Et je n’arrive pas à me lever, et le lit me paraît tellement réconfortant. Je ne veux plus parler, je ne
veux plus écrire, je voudrais juste pleurer. Je culpabilise, je me sens moche, je me sens grosse, je me
sens mal. Je regrette toute ma vie, je regrette mes enfants, je regrette mon mariage, je regrette le
moindre mots, la moindre pensée. Je ne sais même pas pourquoi mon mari reste, je ne sais pas
pourquoi je continue de vivre. J’essaie d’arrenter de respirer. Même pour ça je suis nulle. Je dois
trouver comment mourir proprement…
Et je remonte …
Des années, des années de maux. D’aussi loin que je me souvienne j’avais déjà quelques symptômes
avant la mort de mon papa. J’étais la gamine exubérante, toujours dans le too much et dans le trop.
Tout était trop beau ou trop nul. Je n’avais pas 15 ans. Mais ce décès a été sans doute l’élément
déclencheur. Je me souviens de grosses crises majeurs, avec des mises en danger physique. Je me
souviens des décisions impulsives prises régulièrement. Les naissances des enfants ont accentués
tout ça. S’ils ont été des éléments déclencheurs, ils sont aussi les conséquences des périodes up…
Au fur à mesure des années les espace entre les « up » et les « down » se sont raccourcis.
Les down sont de plus en plus longs et profonds.
Les up sont plus courts et plus intenses.
Je découvre aussi depuis quelques mois des périodes « hyper fast ». je peux en quelques heures
passer de l’un à l’autre. Un fil d’idée peut osciller entre l’exaltation, la mélancolie, la toute puissance,
la culpabilité, la créativité et le dégoût. J’en sors toujours épuisée et avec cette impression d’être
folle, comme si mon cerveau ne savait plus quel signal d’humeur envoyer.
Je ne sais jamais si je suis heureuse ou malheureuse.
Je suis le cul entre deux chaises.
Je suis le cul entre deux pôles.
J’ai 32 ans et je découvre que je suis bipolaire.
Zoé

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Merci à Zoé pour sa confiance et à vous de lire ses mots.

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2 Comments

  1. victorine

    3 août 2016 at 11 h 46 min

    Bonjour zoé, j’ai vécue tout ça et à 30 ans il y a 8 ans j’ai été diagnostiquée comme toi bipolaire !!!!
    Depuis les traitements m’aident mais bonjour la prise de poids !!!!
    Mais au moins je suis en vie et à peu près bien pour élever mes enfants
    bon courage
    si tu as envie de correspondre n’hésite pas
    pourquoipasmoiguylaine@hotmail.com

  2. Desm fi

    9 août 2016 at 1 h 22 min

    Votre texte m’a profondément touché Zoé … Vos mots résonnent dans ma tête depuis la sortie de l’article .. Je ne sais pas comment vous remerciez de cet article qui m’a beaucoup remué , sur certains points je me reconnais fortement en vous comme par exemple sur l’exuberance , jamais dans la demi – mesure toujours dans l’excès dans n’importe quel sentiment , mais je n’avais jusqu’ici jamais réussi à l’exprimer , à mettre un seul mot là – dessus
    Merci , merci encore de nous avoir partager votre quotidien et votre talent d’écriture
    j’espère que vous réussirez à vous sortir de cette maladie , rien que d’écrire ça , doit être un pas de franchis pour vous ! je vous envoie pleins de bonnes ondes !

    Une jeune lectrice de 16 ans .

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