(Billet invité] Et si je n’aimais pas mes enfants ?

Je vous propose aujourd’hui le premier billet invité de cette saison estivale. L’autrice a souhaité rester anonyme donc je vous le livre brut, comme elle me l’a envoyé. Je compte sur votre bienveillance, comme toujours.

Je ne crois pas qu’on m’ait déjà demandé si je souhaitais construire une famille, je ne pense même pas me l’être déjà posé à moi-même. On m’a tellement si souvent répéter que je finirais seule, ou que personne ne voudrait de moi, que c’était acté dans ma tête. Je serai seule toute ma vie alors pourquoi m’imaginer une famille ?

Mes relations ne duraient jamais très longtemps, je ne souhaitais pas m’attacher, me poser, et je ne voulais surtout pas qu’on découvre ce que j’étais. A 19 ans, je suis partie de chez moi, j’ai découvert peu à peu que ce que je vivais n’était pas sain, que ce cocon familial dans lequel j’avais grandis n’était pas « normal » et les remises en question ont commencé à arriver. A 20 ans, j’ai ouvert les yeux et je me suis permise de commencer une relation avec quelqu’un.

J’ai appris à aimer et à être aimé normalement.

Au fil du temps, et en pleine construction de notre vie à deux, je suis tombée enceinte. Je me suis interdite pendant toute ma grossesse de m’angoisser sur l’avenir entre elle et moi. Je savais que si j’angoissais, le bébé le ressentirait et je ne le voulais surtout pas, je souhaitais une grossesse normale comme une personne normale.

Lorsqu’elle est née, j’ai senti un lien se créer entre elle et moi, et alors que je ne savais pas si j’allais l’aimer, j’ai senti une fusion se faire dès que mes yeux se sont posés sur elle. C’était Elle & moi contre le reste du monde. Je me souviens lors de nos nuits d’insomnies, alors qu’elle me regardait droit dans les yeux, les questions ne cessaient de tourner en boucle « et si j’étais comme elle ? Et si je ne savais pas l’aimer à sa juste valeur ? Et si je finissais comme ma mère ? Et si elle ne m’aimait pas ? Et si je ne savais pas faire ? »

Les questions restaient sans réponse.. Mais je sentais que je l’aimais de plus en plus fort.

Aujourd’hui, ce bébé est devenu une petite fille. Elle commence à être quelqu’un, à avoir une personnalité, à se construire. Souvent, elle me rappelle moi au même âge. Et j’essaye malgré « mes fondations intérieures en carton » à l’aider, et à lui apprendre à grandir comme il faut.

Parfois quand je sens que ma patience atteint ses limites, j’imagine ma mère perdre la sienne devant mes contradictions, devant mes exigences, devant mon insubordination et je me souviens, je me rappelle la violence physique et psychologique.

En la voyant grandir, j’ai compris, j’ai su que c’était possible de passer de l’autre côté, que c’était facile de s’énerver, de s’agacer, de faire monter la pression et encore plus simple de se soulager, de laisser se déverser toutes ces ondes négatives, et de décharger sur un enfant qui remet tout en question, jusqu’à la moindre décision, à longueur de temps.

Cette enfant du haut de ses 3 ans alors qu’elle me demandait une fois de plus pourquoi je lui disais non, a su me faire prendre du recul sur ma propre histoire. Elle m’a montré le chemin de la compréhension. Elle m’a aidé à aller de l’avant.

La famille est venue s’agrandir en 2015 avec une deuxième fille. Les interrogations ont eu du mal à rester en off cette fois-ci. Je ne cessais de tout remettre en question : est-ce que j’allais l’aimer comme sa sœur ? Est-ce que c’était possible d’aimer deux enfants ? Est-ce que j’aurai autant de patience avec elle ? C’est une deuxième comme moi est-ce que je ne vais pas répéter le schéma de ma mère ?

Le temps est passé bien plus vite qu’avec la première, et lorsqu’elle est arrivée, je l’ai aimé comme une évidence. Nos insomnies étaient différentes mais les inquiétudes étaient toujours bien présentes. Assez différente de sa sœur, elle a hérité de mon énergie débordante, et sait mettre aussi à mal ma patience mais elle m’apprend, comme sa sœur, à être une maman comme elles ont besoin, et je leur apprends à être des enfants épanouies en accord avec leur rôle d’enfant.

Chaque jour, elles se construisent avec une maman qui ne sait pas toujours comme dire les choses, avec une maman un peu cassée de l’intérieur qui apprends à les aimer comme il faut, avec une maman qui remet beaucoup en question ses choix mais qui essaye de faire au mieux.

Et cette question qui reste tapie dans l’ombre : « et si je devenais comme Elle ? »

Maintenant, je peux le dire Oui je la comprends, Oui je sais, Oui j’imagine très bien la colère nous envahir par la fatigue, par le trop plein, par le faite d’en avoir juste marre des bruits, des cris, des refus, Oui on peut facilement se laisser aller à la violence.

Et c’est en sachant d’où je viens et ce que j’ai subis que je n’aurai pas ses mots, que je n’atteindrais pas à leur vie, que je ne reproduirais pas ce schéma, que mes filles n’auront pas à se reconstruire.

Je ne serai pas Elle, jamais.

Du moins, je l’espère au plus profond de moi.


❤ Merci à toi pour ce témoignage ❤

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